L’école Shona

L’école zimbabwéenne de sculpture est née avant l’indépendance grâce aux efforts d’un enseignant qui a voulu exploiter la disponibilité sur place de la serpentine. Ses premiers élèves ont à leur tour transmis les connaissances acquises, rendant possible l’éclosion d’un art original, distinct de la sculpture traditionnelle locale. Washington Chifamba est le disciple de l’un d’entre eux, Brighton Sango.

L’art Shona a ainsi émergé d’une école, située à Tengenenge, une ferme isolée à 20 km de Guruve, près des gorges du Zambèze. C’est un colon visionnaire, Tom Blomefield, qui après y avoir fait fortune s’est consacré entièrement au mécénat. En 1966, suite à la découverte d’un superbe filon de serpentine, il s’est concentré sur la sculpture. Sa ferme a alors attiré en trente ans des centaines de sculpteurs assurés d’y trouver le gîte et le couvert, des outils et de la pierre, des contacts et un lieu d’exposition. La ferme a traversé sans encombre les ravages de la guerre d’indépendance, grâce à l’esprit de tolérance mutuelle qui y régnait. Outre le mécénat extérieur, ce sont les artistes résidents qui financent la ferme. Le Musée National du Zimbabwe y a installé une antenne et procède à une sélection active et un encouragement intelligent des jeunes talents.

Son nom lui vient de la tribu Shona, dominante au Zimbabwe, qui n’a pourtant aucune exclusivité ; d’autres groupes tribaux plus réduits participent également au mouvement. Le folklore fournit la majorité des thèmes : animaux stylisés, divinités, esprits, ancêtres, totems. La représentation d’émotions profondes utilise comme support des scènes de la vie quotidienne. Un thème récurrent est la métamorphose de l’homme en animal, sanction prévue lors du viol de certaines interdictions sociales. C’est ainsi le centre de l’oeuvre de Bernard Matemera, le plus connu des artistes de Tengenenge, qui avec ses dimensions et ses formes délibérément irréelles a obtenu un prix international majeur en Inde ; une exposition géante en plein air l’a fait connnaître à Paris en 1997.

Outre Washington Chifamba, plusieurs créateurs sont reconnus parmi les principaux sculpteurs au monde. John Takawira est un maître des formes, tailles et thèmes ; Henry Munyaradzi s’est taillé des succès avec des oeuvres faciles nettement cubistes. A l’opposé, Nicholas Mukomberanwa a recherché des formes volumineuses mais avec un trait minimaliste.
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